Ars Dogmatica

Pierre Legendre

Collection « Les quarante piliers »

Cette collection, aucune école ne la fonde, seulement l’énigme de l’architecture invisible que nous appelons civilisation, habitacle à l’intérieur duquel se reproduit le questionnement humain sans trêve ni réponse.

La coupole de Sainte-Sophie à Constantinople – église devenue mosquée, puis musée – inspire la métaphore poétique des Quarante Piliers : « cinq fois huit arcades de fenêtres lumineuses par où passe l’éclat de l’aurore ».

Cette voûte est « comme un ciel resplendissant », dit Paul le Silentiaire décrivant l’œuvre de son maître, l’empereur romain-byzantin, bâtisseur de la Grande Église et du Corps du Droit civil, Justinien Ier (VIème siècle), auquel l’Occident est d’abord redevable de sa capacité stratégique d’organiser.

Ayant pour horizon l’Anthropologie dogmatique, cette collection accueille des écrits anciens ou d’aujourd’hui. Dogmatique veut dire que toute civilisation, y compris donc l’occidentale, vit d’acclamations de ses images, d’interprétations, de discours aspirant au statut d’intouchables, dont les conséquences normatives tiennent à leur authentification selon les formes.

L’horizon rappellera au lecteur la structure oubliée : qu’il n’y a pas de pouvoir ni de légitimité ni de commerce social de la parole sans mises en scène, sans la théâtralisation du monde et l’emblème d’une Référence totémique. Et ce constat – pas de société humaine qui ne soit confrontée à l’enjeu de Raison – vaut pour la préhistoire comme pour l’ère ultramoderne.

Un vaste champ d’érudition est ici sollicité : la question du sujet et les montages de la filiation, l’enveloppe esthétique des civilisations et l’édification historique des Textes, la formation des espaces normatifs et les guerres de la représentation, la religion des sciences et l’homme automate de la Mondialité contemporaine.

Pierre Legendre

Emblème

Solennel, l’oiseau magique préside à nos écrits.
Le paon étale ses plumes qui font miroir à son ombre.
Mais c’est de l’homme qu’il s’agit :
il porte son image, et il ne le sait pas.

Sous le mot Analecta,
j’offre des miettes qu’il m’est fort utile
de rassembler afin de préciser
sur quelques points ma réflexion.