Ars Dogmatica

Pierre Legendre

“La Jetée”

Je n’ai pas de titre pour prendre la parole ce soir,

sauf peut-être celui-ci : je partage de Chris.Marker, le désespoir politique. En suggérant aux organisateurs de ce colloque, la projection de « La Jetée », je pensais d’abord à cela : même dans nos temps ultra-scientifiques, les recettes de la tyrannie n’ont pas changé ; la tyrannie consiste toujours à manier l’espérance, la vulgarité et la menace de mort. Ce chantage n’aura pas de fin. Mais, comment le faire entendre ?

Le film que nous allons voir ou revoir répond. Il répond par l’énigme. Plus de 20 ans après le tournage, Chris.Marker m’avoue qu’il n’en sait pas plus long sur son film : ça s’est tourné à travers moi, dit-il.

Je me permets de vous en transmettre la leçon. Dans ce film, il n’y a rien à comprendre, absolument rien. Il est à prendre ou à laisser, comme l’énigme en suspens pour chacun de nous. L’énigme du pouvoir qui, en douce, nous marchande la vie. Dans ce film, Paris a été atomisé, la passion de maîtriser tous les temps, le passé et l’avenir, s’est emparée des savants, le tortionnariat fonctionne, les tortionnaires vaquent consciencieusement à leurs affaires dans un monde pacifié. Mais le sujet souffre et pense, il pense au monde inouï de son enfance, au visage de la femme insaisissable. On ne lui volera pas sa mort, sa mort à lui.

Avant de nous livrer à nos ébats et débats, qui promettent selon nos usages occidentaux d’être très intellectuels, je crois qu’il était intéressant de rappeler ces choses-là, avec l’aide d’un film qui soit à la hauteur des paraboles modernes de Kafka et d’Orwell.

 

Emblème

Solennel, l’oiseau magique préside à nos écrits.
Le paon étale ses plumes qui font miroir à son ombre.
Mais c’est de l’homme qu’il s’agit :
il porte son image, et il ne le sait pas.

Sous le mot Analecta,
j’offre des miettes qu’il m’est fort utile
de rassembler afin de préciser
sur quelques points ma réflexion.